JJ Cale nous quitte comme il a vécu: en toute discrétion…

 JJ Cale nous quitte comme il a vécu: en toute discrétion...

Le légendaire musicien JJ Cale, qui a grandi à Tulsa (Oklahoma) et a largement contribué à définir le son qui en est aujourd’hui indissociable, est décédé vendredi dernier d’un arrêt cardiaque à l’âge de 74 ans.

Celui qui avait débuté sa carrière comme ingénieur de son n’aura pas connu la gloire immédiate comme artiste solo, mais il a écrit tellement de succès pour des artistes aussi variés qu’hétéroclites qu’il devient difficile de tous les nommer (je vais m’y aventurer partiellement plus loin). C’est néanmoins Eric Clapton qui aura été le premier à le faire connaître du grand public, reprenant d’abord sa chanson « After Midnight » qui allait connaître un succès mondial, puis faisant de « Cocaine » un incontournable de son répertoire à ce jour.

Appelé à commenter sur le succès qui lui a toujours échappé sous son propre nom, JJ Cale (de son vrai prénom John, qu’il aura ajusté pour ne pas se faire confondre avec le membre de Velvet Underground) allait déclarer que cela lui importait peu, puisque grâce à Eric Clapton les chèques de redevances entraient de façon régulière pour le reste de ses jours! Clapton allait lui rendre la faveur en enregistrant un album entier en sa compagnie en 2006 inititulé The Road to Escondido, qui remportera en 2008 le Grammy pour le meilleur album de blues contemporain.

La liste des musiciens ayant repris ses pièces au fil du temps comprend aussi notamment Johnny Cash, Lynyrd Skynyrd, The Allman Brothers, The Band, Waylon Jennings et Santana. Bref, une impressionnante feuille de route. Pendant ce temps, Mark Knopfler prenait visiblement des notes pour jeter les bases du jeu de guitare unique de Dire Straits (l’extrait « Don’t Go To Strangers » en fait une éloquente démonstration). Qui plus est, Neil Young déclarera dans sa première biographie Shakey que de tous les musiciens qu’il a entendu dans sa vie, JJ Cale et Jimi Hendrix sont les deux meilleurs guitaristes, une affirmation qui devait inévitablement faire rougir le parfois trop modeste artiste. La compliment est si gigantesque que je me suis surpris à relire deux fois la ligne lorsque je parcourais le livre une première fois.

Malgré cette propension à créer des succès intemporels pour ses pairs, il aura surtout marqué mes oreilles de mélomane avec son travail solo, ayant fait paraître au fil du temps 14 albums sous son propre nom. Avec un son de guitare unique et presque apaisant par moment qui mélange folk, blues, country et rock, il a su développer une sonorité intemporelle qui est devenue non seulement symbolique d’une région, mais qui transcende les frontières. Reconnu pour ne pas répondre aux appels pendant des mois, y compris de son gérant qui ne savait pas toujours où le trouver, ses parutions étaient de plus en plus espacées depuis la décennie 80, parfois au profit de compilations qui ont su le faire connaître des générations montantes.

Nous aurons amplement le temps de débattre des « must » de sa discographie avec mon collègue Nicolas Pelletier, mais l’album Troubadour, paru en 1976, est un incontournable du genre alors que Travel Log, mis en marché de façon indépendante en 1990 après une longue pause, se veut un positionnement plus contemporain de l’artiste. C’est néanmoins To Tulsa And Back, parution solo de 2004, qui offre peut-être la synthèse la plus complète de sa sonorité et de son évolution. Une légende à (re)découvrir, qui par sa personnalité sera décédé comme il a toujours vécu: en toute discrétion et à l’abri des projecteurs, sa mort n’étant annoncée que par une courte note sur son site internet. Bref, un artiste qui a su allier de façon exceptionnelle intégrité et humilité, d’une lignée qui se fait de plus en plus rare.

 


Partagez cet article dans vos réseaux sociaux


Cet article a été publié dans Blogue Ajouter aux Favoris le permalien |

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre e-mail ne sera jamais publié ni communiqué. Les champs obligatoires sont indiqués par *

*
*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>