Quand Radiohead devient religion

   Quand Radiohead devient religion

Avant d'entrer dans le Centre Bell hier soir, j'errais, en train d'essayer pour une énième fois de démystifier le phénomène Radiohead.

J'observais tous ces gens, fans, les grands et les moins grands fans, avec ou sans tee-shirt du groupe. Sans trop de liens physiques ou vestimentaires apparents (quoique le jeans semi-délavé et tee-shirt noir virant au gris revennaient plus souvent qu'autrement), bref, cette meute, à la fois disparate et semblable, me fascinait. Je me demandais d’ailleurs si mon amour passionnel d’adolescente troublée envers eux, n’avait pas prit la poussière ces dernières années. Certains me disaient avant le concert: Radiohead! c'est presque une religion et d'autres, c'est trop mainstream! Ou encore, que ce n'est plus ce que c'était. C'était donc un spectacle épreuve hier, à savoir si l’amour existe encore, entre Radiohead et nous. 

Je me souviens d’ailleurs du dernier spectacle du groupe à Montréal, en 2008, au parc Jean Drapeau, bouette et feux d’artifices en sus. Il pleuvait pas mal et pourtant les gens frissonnaient non pas de froid, mais d’enchantement. Toute cette masse ce soir-là semblait avoir cette même vague à l’âme, plongée dans un même état extatique et contemplatif, comme sous l’effet d’une longue commotion cérébrale, signée Radiohead.

Je me dis que ce sera différent ce soir. Que deux commotions, ça se peut pas, pas dans un Centre Bell, pas dans un contexte si impersonnel, pas avec un band qu’on connait si bien, No Surprises à prévoir me dis-je, mais c’est ce que me disais aussi en 2008. Et j’avais tort.

Je rentre enfin au son entraînant de Caribou, qui assure la première partie. Entrain d'essayer de frayer mon chemin dans la foule un peu trop fébrile, je tente de définir entre deux sacs à dos, ce lien invisible unissant les fans. Comme si ce lien expliquerait ben des affaires. J’essaie de comprendre ce que signifie Radiohead pour nous, eux, moi. On s’approprie leur musique de tourmente, comme si le groupe était effectivement branché dans nos têtes et retranscrivait musicalement, presque à la perfection, les plus étranges pulsations qui nous habitent. Et le plus étrange pour moi dans tout ça, c’est bien de les savoir partagées, par bien trop de gens, et communiquées, aussi clairement, par un seul groupe.

Sur ce, ils entrent en scène et tel qu’attendu, après Bloom qui ouvre le bal, je sens une légère arythmie cardiaque : les pulsations ralentissent ou augmentent, peu importe, le groupe les modulent, aisément, comme de la  pâte à modeler.

Suit la belle There There, une de ces chansons dignement hypnotique, comme une musique de culte obscur qu’on marmonnerait dans notre sommeil. La magie opère bien. On erre dans la tête de Thom Yorke, ou dans la nôtre, les deux se mêlent faut croire. J'ai des flashs du clip de la chanson, que j’aimais tant à sa sortie :

 

Les effets de lumières et de panneaux flottants, sur cette scène aux allures un brin sci-fi, avec un York se déhanchant de plus bel, comme en processus d'auto-démambrement, nous immergent un peu plus. Si mon amie Meg au parterre tente d’étirer son bras pour pincer la cuisse de Thom (ou de Jonny Greenwood, je ne sais plus) et que je l’envie un peu, c’est tout de même avec une certaine religiosité que le groupe est si grandement acclamé. Le groupe culte n’est pas que populaire, non, il semble atteindre le Sacré, avec un grand S.

L’atmosphère est dense et la relation du public avec Yorke, presque charnelle, sur Nude (Big Ideas, Don't Get Any), ils nous en font voir de grands moments, avec profondeur. Je confirme, la vision du groupe dépasse encore l’entendement et leur génie ne semble pas prêt de s’éteindre mais bien l’inverse. Radiohead est plus infiltré que jamais dans les limbes de notre conscience. Donc oui, l’amour, existe encore, ou du moins, la foi en ce groupe.

Après le (premier) rappel, ils reviennent sur fond bleu étoilé, avec How to Disappear Completely, le refrain, I'm not there, this isn't happening se prête si bien au rappel que je jubile, pour ce band triomphant, c’est un soir comme ça, comme en 2008.

Enlevant.  

Setlist

01 Bloom
02 There There
03 Kid A
04 Morning Mr Magpie
05 The Gloaming
06 Separator
07 I Might Be Wrong
08 Staircase
09 Pyramid Song
10 Climbing Up The Walls
11 Nude
12 Lotus Flower
13 Paranoid Android
14 Feral
15 Little By Little
16 Idioteque

-1er rappel-

17 How To Disappear Completely
18 The Daily Mail
19 Myxomatosis
20 Reckoner

-2e rappel-

21 All I Need
22 Street Spirit (Fade Out)
23 True Love Waits/Everything In Its Right Place

 


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