Réhabiliter Doug Yule

 Réhabiliter Doug Yule

Dans l’histoire du rock, peu de musiciens ont tenu un rôle aussi ingrat que Doug Yule. À part peut-être Yoko Ono, blâmée à tord d’avoir mis fin aux Beatles (alors que c’était inévitable). Doug Yule est non seulement celui qui a succédé au brillant John Cale au sein du mythique groupe The Velvet Underground, mais de plus, celui qui a commis le sacrilège de publier le tout dernier disque du Velvet, intitulé « Squeeze », en 1973, bien après le départ de Lou Reed, Sterling Morrison et Moe Tucker. Que peut-il bien rester de l’esprit du Velvet sans ces trois piliers… L’histoire ne reconnaît souvent même pas cet album dans la discographie officielle du groupe, même s’il est clairement identifié au Velvet. C’est dire à quel point il est une honte, snobé depuis sa sortie.

En fait, comme l’écrivait Steven Shehori sur son blog dans les pages de Huffington Post Canada, « Squeeze » était pas mal plus le premier album solo de Doug Yule que le dernier album du Velvet. Selon Shehori, Yule y jouerait de tous les instruments sauf de la batterie (tenue par Ian Paice, batteur de Deep Purple (!)) en plus d’avoir composé toutes les chansons, reléguant Willie Alexander à un rôle de figurant – bien qu’il faisait partie du groupe sur scène. De plus, le dernier gérant du groupe, Steve Sesnick, aurait manipulé le jeune Yule dans la mise en marché de cet album – qui n,a finalement pas été écouté par grand monde à l’époque.

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Doug Yule à l’époque du Velvet

Mais si on donne une chance objective à cet album en mettant de côté tout ce brouhaha, « Squeeze » est loin d’être si mauvais. Pas plus mauvais que certains des albums solos de Reed (qui défendra Sally Can’t Dance? Ou le premier éponyme?…). Parions que s’il avait été publié sous le nom « Doug Yule », l’histoire l’aurait retenu comme une continuité solo de l’un de ses membres. N’oublions pas que Yule était un musicien et un mélodiste hors pair. N’oublions pas que c’est lui et non Reed qui chante sur plusieurs magnifiques chansons du Velvet comme Candy Says,  Oh! Sweet Nuthin’,  Who Loves the Sun , The Murder Mystery,   Lonesome Cowboy Bill et  New Age. Un peu de respect s’il vous plait.

Sur « Squeeze », on y entend un jeune homme d’à peine 25 ans qui n’arrive bien sûr pas à la cheville de Lou Reed au niveau de l’écriture, mais dont on dénote une influence flagrante au niveau mélodique ainsi qu’au niveau de certains textes. On sent bien que Yule n’a pas eu le même vécu que Reed et que ses sujets de fascination ne sont pas les mêmes. Mais le côté fleur bleu un peu naïf qu’on aimait bien chez le Velvet vient sûrement en partie de lui. La pièce Friends est définitivement dans cette prolongation, le second niveau en moins. Plusieurs rock’n’roll assez bluesés sont honnêtes (Send No letter), certainement pas aussi « artistiques » que les pièces du Velvet, mais bien correctes pour l’époque. Little Jack est une très efficace chanson qui rappelle aussi certains morceaux pop des Who. Yule y communique un enthousiasme contagieux, pas si différent de certains titres des Kinks.

Et puis il y a aussi cette magie bien palpable, que tout fan du Velvet revivra à découvrir cet album (aussi honni soit-il). Ces frissons que l’on ressent lorsque des enregistrements ressurgissent des voutes des labels, lorsque des versions non terminées sont publiées. Il n’y a plus beaucoup de matériel du Velvet qui n’a pas été partagé depuis le coffret « Peel Slowly and See » de 1995, « Squeeze » demeure sans doute le seul album qui s’en rapproche assez pour être digne d’intérêt… en replaçant bien le contexte de l’époque.

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Lou Reed, Doug Yule et Moe Tucker en 2010


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